Jeudi 11 avril s’est déroulée la IXe soirée oxymore dans un belle ambiance d’émulation des esprits… Des surprises furent au rendez-vous.

Si quelques uns ont brillé dans les diverses disciplines et furent honorés de façon particulière, tous ont été récompensés par un bon dîner festif qui venait clore notre période. Bonnes vacances à tous !

Discours du préfet des études

Messieurs, nous sommes arrivés à l’avant-dernière soirée Oxymore de l’année… Pour cette fois-ci, laissez moi vous présenter brièvement quelqu’un…
Il s’appelle ValdestulteValdestulte a une quinzaine d’année. Il a une grande qualité, c’est que, tout le temps, il a quelque chose à dire… Il parle, il dit, il conteste, il croit, il pense, il attaque, il réfute, il affirme, il nie, il vilipende, il vitupère, il proclame, il prêche… bref, il y a bien peu de moments où sa bouche est en repos. Valdestulte, en revanche, n’entend personne. Il n’a pas besoin d’écouter… Il sait. D’ailleurs, Valdestulte, ne se remet pas qu’on lui demande d’apprendre et qu’on l’oblige à fréquenter encore l’école. Que de perte de temps… que d’énergie gâchée… À quoi bon passer l’essentiel de sa journée assis sur une chaise, à faire semblant de s’intéresser à tout un tas de chose qui ne serviront jamais, et dont il ne se souviendra jamais… Cela n’empêche pas Valdestulte d’avoir réponse à tout.
Une question de calcul ? Attendez, mon ami, que je sorte de ma poche, cette petite boite magique qui fait calculatrice…
Une question d’histoire ? un glissement de doigt trouvera la réponse grâce à Wikipedia.
Plus besoin de français… À quoi bon l’enseigner… L’homme dispose désormais du correcteur d’orthographe, pour n’importe quel clavier…
Pour ce qui est de la musique, plus besoin de gammes ou de leçons fastidieuses pour apprendre à en jouer. J’accède à toutes les mélopées en n’ayant qu’à cliquer sur Itunes ou Deezer.
Quant à la culture, plus personne ne s’en sert, ni Booba, ni Kaaris, n’écriront plus en vers.
À quoi bon s’efforcer d’écouter enseigner… Pourquoi donc continuer à payer tout ce corps de métier qui prétend professer ?
Quelle merveille que cette technologie qui offre à Valdestulte plus de savoir que ces sages centenaires qui durent accumuler avec peine, chaque jour de leur vie, des bribes de connaissances. Valdestulte est libre ! Il n’a besoin de personne pour éclairer son jugement. Si ce n’est son âge, il est déjà adulte puisqu’il en sait déjà bien plus que n’en savaient ses arrière-grands-parents. Et ce qu’il ne sait pas, il l’aura toujours à disposition, dans ce petit bijou à commande tactile, à moins qu’elle soit vocale ! D’ailleurs, il ne pourrait s’en passer. Vraiment, il se sent bien plus grand que ces hommes qui l’ont précédé, la technologie fait de lui un surhomme, ou plutôt, comme on dit, un homme « augmenté ». 
 Une fois hélas, il a été privé de son précieux outil. Un geste maladroit a fait qu’il est tombé, et l’écran s’est brisé. Quelle misère pour Valdestulte !
Cette semaine-là fut une des plus terribles de sa vie. Au milieu des autres hommes, Valdestulte s’est aperçu qu’il ne comprenait rien à leurs conversations. Il a perdu l’habitude d’écouter ou discours ou réflexion de plus de deux minutes (le format idéal d’une video youtube). Plus la semaine avance et moins il a de choses à dire. Les maths ne l’intéressaient pas… il ne sait pas compter. Le français n’a aucun intérêt… il ne sait pas écrire. Il aime écouter de la musique… il ne sait en produire. Il aime expliquer, mais il n’a plus rien à raconter. Il se trouve tout d’un coup avec une intelligence si limitée… Elle est toute rouillée. Il n’a pas l’habitude de se forger une idée, puisqu’il se contentait de répéter celles qui lui plaisent et qui servent de citations poétiques sur Insta. Son imagination ne produit plus d’histoires, elle ne sait répéter que celles des stories de lolo43, et flavi_dlb.
Cette semaine-là, il a bien dû essayer d’apprendre… mais il n’a jamais réussi à se concentrer, car jamais, il ne s’est entraîné… Il n’avait pas compris que l’école n’a pas seulement pour but de lui faire avaler une somme de connaissance. Il n’avait pas compris que le moindre effort pour résoudre un problème, même lorsqu’on n’y arrive pas ou qu’on n’aime pas la matière, contribue à faire grandir son intelligence. Fini, la sensation de liberté qu’il éprouvait. Fini, la conviction d’être un adulte… Que peut-il faire ? Que sait-il faire ? Qu’est-ce qui lui appartient ?
Valdestulte sombre ainsi dans le plus profond désespoir… Et comme il n’a jamais lu, et que ses trois cents pauvres mots de vocabulaires ne suffisent pas pour décrire ce qu’il ressent, il se voit condamné à voir en face que sa vie n’a aucune consistance… Il ne peut même pas comprendre que, parce qu’il n’avait plus appris, parce qu’il n’avait plus écouté, parce qu’il n’avait plus travaillé… il n’était même pas un homme, lui qui pensait jusqu’alors être un surhomme…
Ainsi Valdestulte, découvrit-il, à sa manière, le sens de son propre nom : Valdestulte. Valde : très, stultus : stupide…
 
Messieurs, puisse ce petit portrait à la manière de LABRUYERE, un peu satirique, je l’admets, nous rappeler que les efforts que nous faisons à l’étude nous rendent vraiment libres et vraiment hommes, même si nous ne comprenons pas, même si nous n’en voyons pas l’utilité ou l’intérêt. Cela fait partie de l’homme de toujours chercher à aller plus loin que ses facilités… Alors, soyez fiers de travailler et d’étudier, de suer sur cahiers !
Si nous refusons cela à notre âme et à notre intelligence par paresse, alors, nous ne serons jamais que des demi-hommes… très loin des demi-dieux que nous prétendons être grâce aux nouvelles technologies.
C’est tout le sens de cette autre devise, présente sur les tracts de l’internat : « Soyez ce que vous êtes ».
Que cette soirée Oxymore nous stimule dans ce désir !

Quelques questions de culture générale

Quels sont les 4 groupes sanguins ?

Comment s’appelle le personnage de la mythologie qui n’a qu’un seul œil sur le visage ?

Combien y a-t-il de cavités dans le cœur ?

Quel roi a révoqué l’édit de Nantes ?

Comment s’appelle le personnage mythologique qui a suivi Eurydice aux enfers ?

Quelques questions de calcul mental

Sur une longueur de 6 m dans le mur du cloître, on fixe des portemanteaux tous les 20 cm. Si on laisse une longueur de 50 cm à chaque extrémité, combien faudra-t-il de portemanteaux ? (1 min)

Les portemanteaux sont répartis sur une longueur de 6 m. Il y a 30 intervalles (600/20 = 30), mais il y a un portemanteau de plus que d’intervalles.

Pierre et Paul décident de demander un salaire pour travailler en étude. Pierre gagnerait mensuellement 334 euros, soit 54 euros de plus que Paul. Quelle somme gagnent-ils à deux à la fin du mois ? (30 sec)

(334 x 2) − 54 = 614 francs

Le terrain de hand sur lequel nous jouons au foot de temps en temps a 24 mètres de longueur et sa largeur est le tiers de cette longueur. Quelle est sa surface ? (30 sec)

24 x 8 (24/3 = 8) = 192 m²

Trois frères héritent ensemble d’un jardin estimé à 4 800 francs et d’une maison évaluée à 25 200 francs. L’aîné prend le jardin et le plus jeune, la maison. Combien celui-ci doit-il verser à chacun de ses frères pour que les trois parts aient la même valeur ? (90 sec)

Valeur d’une part (4 800 + 25 200/3 = 10 000 francs) ; donc le plus jeune doit verser 10 000 F au cadet et 10 000 − 4 800 = 5 200 f à l’aîné.

Extraits des déclamations du prix Cyrano

Dernière lettre de Sir Robert Baden-Powell, fondateur du scoutisme. Récité par Etienne, notre Lauréat.

Chers éclaireurs,

Si par hasard, vous avez assisté à la représentation de Peter Pan, vous vous souviendrez que le chef des pirates était toujours en train de préparer son dernier discours, car il craignait fort que l’heure de sa mort venue, il n’eût plus le temps de le prononcer. C’est à peu près la situation dans laquelle je me trouve, et bien que je ne sois pas sur le point de mourir, je sais que cela m’arrivera un de ces prochains jours et je désire vous envoyer un mot d’adieu.

Rappelez-vous que c’est le dernier message que vous recevrez de moi ; aussi méditez-le.

J’ai eu une vie très heureuse et je voudrais qu’on puisse en dire autant de chacun de vous.

Je crois que Dieu nous a placés dans ce monde pour y être heureux et pour y jouir de la vie. Ce n’est ni la richesse, ni le succès, ni la satisfaction égoïste de nos appétits qui créent le bonheur. Vous y arriverez tout d’abord en faisant de vous, dès l’enfance, des êtres sains et forts qui pourront plus tard se rendre utiles et jouir ainsi de la vie lorsqu’ils seront des hommes.

L’étude de la nature vous apprendra que Dieu a créé des choses belles et merveilleuses afin que vous en jouissiez. Contentez-vous de ce que vous avez et faites-en le meilleur usage possible. Regardez le beau côté des choses plutôt que le côté sombre.

Mais le véritable chemin du bonheur est de donner celui-ci aux autres. Essayez de quitter la terre en la laissant un peu meilleure que vous ne l’avez trouvée et quand l’heure de la mort approchera, vous pourrez mourir heureux en pensant que vous n’avez pas perdu votre temps et que vous avez fait « de votre mieux ». Soyez toujours prêts à vivre heureux et à mourir heureux. Soyez toujours fidèles à votre Promesse scoute même quand vous aurez cessé d’être un enfant – et que Dieu vous aide à y parvenir !

Votre ami,

La Passion, extrait de Charles Péguy, Le Mystère de la Charité de Jeanne d’Arc.

Tout cela se passait sous la clarté des cieux ;
Les anges dans la nuit avaient formé des chœurs.
Les anges dans la nuit chantaient comme des fleurs.
Par-dessus les bergers, par-dessus les rois mages
L’étoile dans la nuit brillait comme un clou d’or.
L’étoile dans la nuit brillait éternellement.

Le Juste seul poussa la clameur éternelle.
Les larrons ne criaient qu’une clameur humaine ;
Car ils ne connaissaient qu’une détresse humaine ;
Ils n’avaient éprouvé qu’une détresse humaine.
Lui seul pouvait crier la clameur surhumaine ;
Lui seul connut alors cette surhumaine détresse.
Sa gorge qui lui faisait mal.
Qui lui cuisait.
Qui lui brûlait.
Qui lui déchirait.
Sa gorge sèche et qui avait soif.
Son gosier sec.
Son gosier qui avait soif.
Sa main gauche qui lui brûlait.
Et sa main droite.
Son pied gauche qui lui brûlait.
Et son pied droit.
Parce que sa main gauche était percée.
Et sa main droite.
Et son pied gauche était percé.
Et son pied droit.
Tous ses quatre membres.
Ses quatre pauvres membres.
Et son flanc qui lui brûlait.
Son flanc percé.
Son cœur percé.
Et son cœur qui lui brûlait.
Son cœur consumé d’amour.
Son cœur dévoré d’amour.

Le reniement de Pierre et la lance romaine ;
Les crachats, les affronts, la couronne d’épines ;
Le roseau flagellant, le sceptre de roseau ;
Les clameurs de la foule et les bourreaux romains.
Le soufflet. Car ce fut la première fois qu’il fut souffleté.
Il n’avait pas crié sous la lance romaine ;
Il n’avait pas crié sous le baiser parjure ;
Il n’avait pas crié sous l’ouragan d’injure ;
Il n’avait pas crié sous les bourreaux romains.
Alors pourquoi cria-t-il ; devant quoi cria-t-il.
Tristis, tristis usque ad mortem ;
Triste jusqu’à la mort ; mais jusqu’à quelle mort ;
Jusqu’à faire une mort ; ou jusqu’à cette date
De la mort. Il revoyait l’humble berceau de son enfance,
La crèche,
Où son corps fut couché pour la première fois ;
Il prévoyait le grand tombeau de son corps mort,
Le dernier berceau de tout homme,
Où il faut que tout homme se couche.
Pour dormir.
Censément.
Apparemment.
Pour enfin reposer.
Pour pourrir.
Son corps.
Entre quatre planches.
En attendant la résurrection des corps.
Jusqu’à la résurrection des corps.
Heureux quand les âmes ne pourrissent point.
Et il était homme ;
Il devait subir le sort commun ;
S’y coucher comme tout le monde ;
Il devait y passer comme tout le monde ;
Il y passerait.
Comme les autres.
Comme tout le monde.
Comme tant d’autres.
Après tant d’autres.
Son corps serait couché pour la dernière fois.
Mais il n’y resterait que deux jours, trois jours ; à cause de sa résurrection.
Car il ressusciterait le troisième jour.
À cause de sa résurrection particulière et de son ascension.
À lui.
Qu’il fit avec son propre corps, avec le même corps.

Invictus

Dans la nuit qui m’environne,
Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Je loue les Dieux qui me donnent
Une âme à la fois noble et fière.

Prisonnier de ma situation,
Je ne veux pas me rebeller.
Meurtri par les tribulations,
Je suis debout bien que blessé.

En ce lieu d’opprobre et de pleurs,
Je ne vois qu’horreur et ombre.
Les années s’annoncent sombres,
Mais je ne connaîtrai pas la peur.

Aussi étroit soit le chemin,
Bien qu’on m’accuse et qu’on me blâme,
Je suis le maître de mon destin,
Le capitaine de mon âme.

IXe soirée Oxymore

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.