Jeudi 14 février s’est déroulée la huitième édition de la soirée Oxymore, qui clôturait cette troisième période de l’année. Elle a été marqué en particulier par les nombreuses participations au prix Cyrano de Bergerac qui nous ont permis d’entendre de nouveaux textes et de nouvelles voix !

Après ces joutes intellectuelles et oratoires, une bonne raclette attendait d’être dévorée dans la salle à manger… De quoi prendre des forces pour le grand rangement et le grand ménage d’avant les vacances !

Le discours du préfet des études

Messieurs,

Une fois de plus, à la fin de cette période, il nous est donné de relever la tête pour regarder fièrement pardessus notre épaule, le travail accompli durant ces six dernières semaines.  En faisant cela, c’est aussi l’occasion pour nous de nous poser une nouvelle fois la question du sens de notre étude…

Sur le blason de l’internat, à côté de Notre-Dame du Puy, modèle de la joie de la foi, à côté du Griffon, symbole de la force et du courage, qui marque pour nous l’apprentissage de la joie du don de soi, se trouve une simple plume, représentant une dimension essentielle de cette maison : l’étude.

Pour la plupart, vous êtes entrés à l’école vers l’âge de trois ans et vous en ressortirez vers l’âge de dix-huit ans pour allonger ce temps d’apprentissage par quelques années d’études supérieures. Cela fait entre quinze et vingt années de notre vie, durant lesquelles l’apprentissage constitue notre activité principale. Mais est-ce vraiment nécessaire ? Après tout, ne suffit-il pas, pour apprendre la majorité des métiers, d’un savoir-faire purement technique qui pourrait s’acquérir en quelques mois… D’ailleurs, l’école n’a pas toujours existé. Et aujourd’hui encore, certaines civilisations se passent très bien de cette institution.

Finalement l’école n’est-elle pas qu’une sorte de long bizutage horrible inventé par les adultes pour tester votre capacité de soumission dans le but de mieux exploiter les jeunes adultes que vous serez plus tard ?  Ou pire encore : une machine à endoctriner des cerveaux ramollis par les jeux vidéo ?

Revenons donc au symbole de la plume. La plume, vous le savez tous, est l’instrument qui a précédé immédiatement le stylographe. Arrachée à un oiseau, on en coupait le bout de la tige, puisque sa matière était assez dure pour dessiner des caractères précis, et assez souple pour ne pas abîmer le support utilisé : parchemin ou papier. La plume représente donc avant tout la capacité d’écrire. Aujourd’hui, personne ne discute le bienfait que représente une société ou tout le monde sait écrire. Parce que le fait d’écrire implique la capacité de s’exprimer. La capacité de s’exprimer implique la capacité de réfléchir. La capacité de réfléchir donne la capacité de bien agir. Et, bien agir, c’est avoir le pouvoir de changer le monde, de le rendre meilleur, en donnant davantage de place à ce qui le fonde : le bien, le vrai, et le beau.

La plume de notre blason représente cet apprentissage à bien écrire, à réfléchir, à s’exprimer, à bien agir…

C’est la plume des penseurs qui a le pouvoir de changer les opinions en exposant des idées.

La plume des rois et des ministres qui bâtissent une société en signant des décrets.

La plume des poètes qui nourrissent le cœur et les sentiments des hommes.

La plume des artistes, caricaturant le monde pour qu’il ne sombre pas trop dans le ridicule.

La plume des artisans établissant les devis de nos travaux.

La plume des Mathématiciens qui aligne les opérations pour modéliser le monde.

La plume des linguistes qui, page après page, enrichit la langue dont tous vont se servir.

La plume des romanciers, qui transmet une expérience à travers une belle fiction.

La plume des philosophes qui leur sert d’outil pour réfléchir aux causes les plus hautes.

La plume des mystiques et des saints qui rend compte de leur expérience de Dieu.

La plume des banquiers et financiers qui signe les chèques par lesquels les hommes vont construire des grands projets.

La plume d’un père écrivant son amour et ce qu’il veut transmettre à ses enfants.

La plume d’un grand-père couchant son héritage spirituel ou matériel sur un testament.

Si l’école n’a pas toujours existé, et n’existe pas dans toutes les civilisations, le désir de transmettre, lui, a toujours existé. Et cela fait partie de l’homme de vouloir laisser un savoir à ses successeurs. Cela fait aussi partie de l’homme d’attendre de ses prédécesseurs une sorte de partage d’expérience qui lui permettra d’aller un peu plus loin qu’ils n’ont été dans leurs explorations, dans leurs réflexions, dans leurs actions… et, en tout cela, dans leur sagesse.

C’est pour toutes ces raisons que notre société occidentale a inventé l’école… Pour que notre génération puisse voir plus loin que la précédente, et puisse être meilleure que la précédente. Mais cela implique de votre part un choix entre deux plumes : celle par laquelle on apprend à écrire, à réfléchir, à s’exprimer pour bien agir et construire le monde dans lequel vous allez vivre. Ou le choix de la plume du générique du film Forest Gump, qui a si peu de consistance qu’elle va et vient au gré du vent sans jamais être libre de son destin…

Messieurs… à vous de choisir… Et puisse cette soirée Oxymore vous aider à faire le choix de la bonne plume !

Extraits du prix Gerbert d’Aurillac, concours de calcul mental

Augustin imagine un internat Notre-Dame du Puy avec 280 élèves, où il passerait si rarement au service… Combien cela ferait-il d’équipes de service de 5 internes ?

56 équipes

Cyprien se trouve particulièrement fatigué cette semaine. Il faut dire qu’il est de service et qu’il est efficace ! Il a calculé que, pour une bonne semaine de service, il a besoin de 45 minutes de sommeil en plus par nuit. Sachant que durant une semaine normale ou il n’est pas de service, il dort 5 nuits à l’internat, qui font un total de 42h et demi. Combien d’heures doit-il dormir par nuit à l’internat, pour rester efficace durant une semaine où il est de service ?

9h15 par nuit

Pendant l’étude qui a duré deux heures et demi, Augustin s’est levé 80 fois de sa chaise. A partir de cette donnée, combien de fois Augustin se lève-t-il en moyenne pendant une heure ?

32

Extraits du prix Blaise Pascal, concours de culture générale

Quelle était la destination du vol 714 emprunté par Tintin avant qu’il soit détourné ?

Sydney

Quel fut le premier pays à mettre en service une station spatiale habitée ?

URSS ( Saliout)

Quel fleuve américain a pour affluents le Missouri et l’Ohio ?

Mississippi

Quel philosophe et mathématicien français a inventé la machine à calculer ?

Pascal en 1642

Où a été rédigée la constitution des Etats-Unis ?

Philadelphie

Extrait du prix Cyrano de Bergerac, concours de déclamation

Extrait du Petit Prince, d’Antoine de Saint-Exupéry

Le petit Prince et le Renard ***

Le petit Prince, durant le voyage qui lui fait parcourir plusieurs planètes loin de sa planète d’origine, arrive sur la terre. Il y rencontre le renard qui lui demande de l’apprivoiser. « Mais pourquoi donc ? » Le renard entreprend donc d’expliquer au Petit Prince pourquoi l’apprivoiser.

– Ma vie est monotone. Je chasse les poules, les hommes me chassent. Toutes les poules se ressemblent, et tous les hommes se ressemblent. Je m’ennuie donc un peu. Mais, si tu m’apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. Je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres. Les autres pas me font rentrer sous terre. Le tien m’appellera hors du terrier, comme une musique. Et puis regarde ! Tu vois, là-bas, les champs de blé ? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c’est triste ! Mais tu as des cheveux couleur d’or. Alors ce sera merveilleux quand tu m’auras apprivoisé ! Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi. Et j’aimerai le bruit du vent dans le blé…

Le renard se tut et regarda longtemps le petit prince:

– S’il te plaît… apprivoise-moi ! dit-il.

– Je veux bien, répondit le petit prince, mais je n’ai pas beaucoup de temps. J’ai des amis à découvrir et beaucoup de choses à connaître.

– On ne connaît que les choses que l’on apprivoise, dit le renard. Les hommes n’ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n’existe point de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi !

– Que faut-il faire? dit le petit prince.

– Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t’assoiras d’abord un peu loin de moi, comme ça, dans l’herbe. Je te regarderai du coin de l’œil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t’asseoir un peu plus près…

Le lendemain revint le petit prince.

– Il eût mieux valu revenir à la même heure, dit le renard. Si tu viens, par exemple, à quatre heures de l’après-midi, dès trois heures je commencerai d’être heureux. Plus l’heure avancera, plus je me sentirai heureux. A quatre heures, déjà, je m’agiterai et m’inquiéterai ; je découvrirai le prix du bonheur ! Mais si tu viens n’importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m’habiller le cœur… Il faut des rites.

– Qu’est-ce qu’un rite ? dit le petit prince.

– C’est aussi quelque chose de trop oublié, dit le renard. C’est ce qui fait qu’un jour est différent des autres jours, une heure, des autres heures. Il y a un rite, par exemple, chez mes chasseurs. Ils dansent le jeudi avec les filles du village. Alors le jeudi est jour merveilleux ! Je vais me promener jusqu’à la vigne. Si les chasseurs dansaient n’importe quand, les jours se ressembleraient tous, et je n’aurais point de vacances.

Ainsi le petit prince apprivoisa le renard.

Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince, 1943


VIIIe édition de la Soirée OXYMORE

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