Jeudi 20 décembre 2018 s’est déroulée la 7e soirée « oxymore ». Après le discours du préfet des études, les internes se sont disputés les prix Blaise Pascal de culture générale, Gerbert d’Aurillac de calcul mental, et Cyrano de Bergerac de déclamation. Ce fut une belle compétition entre les internes, durant laquelle de nouveaux talents se sont révélés.Ce fut aussi l’occasion de récompenser le lycéen et le collégien qui ont eu les meilleures moyennes pour cette période.

 

 

Le discours du préfet des études

De virtute in virtutem

Messieurs, une nouvelle période scolaire s’achève, avec ses joies, ses peines, ses difficultés, ses victoires et ses défaites. Tous, nous avons peiné dans ces salles d’étude devant nos bureaux. Nous avons lutté pour être fidèle dans ce travail. Parfois, d’autres nous ont aidé à lutter parce que nous n’en trouvions plus la force ni le courage. Parfois nous avons fui la difficulté, et parfois nous l’avons surmontée, et nous en avons ressenti une immense joie, la satisfaction du travail accompli, la certitude d’avoir fait ce qu’il fallait, le sentiment d’être, à notre échelle, un vrai héros… Et nous n’avons pas tout-à-fait tort… parce que les héros dont on entend parler ne se sont pas construits en un jour. Les actes qui ont faits d’eux ce qu’ils sont, ont été préparés par les efforts du quotidien, aussi bien dans les services que dans le travail de l’intelligence.

Le chevalier Bayard, par exemple, héros des guerres d’Italie au XVIe siècle, vainqueur de la bataille de Marignan en 1515, a passé plusieurs années sur les bancs de l’école-cathédrale de Grenoble pour apprendre à lire et à écrire, puis aux écoles militaires de Turin et de la cour de France, avant de pouvoir enfin faire ses premières armes vers 18 ans. Parce qu’il avait appris à lire, à écrire, à compter, à réfléchir, il put accepter la fonction de lieutenant général du Dauphiné qui lui avait été confiée et la remplir de façon exemplaire.

Thomas More passa des années à étudier assidument le droit à Oxford, avant d’atteindre les sommets du service de l’état anglais comme chancelier du royaume. Par ses études, il acquit le goût de la vérité, qui lui fit tenir tête au roi d’Angleterre. Cela lui valut la disgrâce et la condamnation à mort en 1535… mais aussi d’être canonisé quatre cents ans plus tard.

Frédéric Ozanam fut fortifié dans sa foi par l’étude de la philosophie qui le décida à vouer sa vie au service de la vérité. En plus d’être un enseignant universitaire, et un chrétien exemplaire, il se mit au service des pauvres et fonda la société saint-Vincent de Paul au milieu du XIXe siècle, devenant un des plus grands modèles français de charité chrétienne.

Tom Morel put entrer à Saint-Cyr en 1935, par sa persévérance au lycée puis en prépa, devenir officier, et un des grands chefs de la résistance dès le début de la seconde guerre mondiale. Il avait écrit « Priez pour que je garde jusqu’au bout, au milieu des difficultés comme au centre du bonheur et des joies de la famille, cette âme qui répugne à la médiocrité et qui voudrait s’élever toujours dans la noblesse. »

Le professeur Jérôme Lejeune, découvreur de la trisomie 21 et grand défenseur de la vie des enfants à naître, dut persévérer pour parvenir à terminer ses études de médecine, après avoir redoublé plusieurs fois. Sa persévérance apprise dans les études lui permit d’opérer la plus grande découverte en médecine génétique de la deuxième moitié du XXe siècle.

Plus récemment, le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, qui échangea sa vie contre celle d’un otage durant une attaque terroriste l’année dernière, avait échoué plusieurs fois à entrer à Saint-Cyr. Mais sa persévérance dans le travail lui permit d’intégrer l’école militaire inter-armée pour devenir officier. Il est même parvenu au rang de major (c’est-à-dire premier) de sa promotion.

Chacune de ces personnes a été conduite au sommet de l’admiration des hommes pour un ou plusieurs actes héroïques. Mais chez aucun d’entre eux, cette disposition n’était pas inscrite à l’avance. Leur courage a été travaillé par l’éducation, par la volonté, et par la persévérance. Dans cette éducation le travail de l’intelligence a eu une grande place. Et on peut dire que c’est aussi par leur persévérance dans les études qu’ils ont atteint les sommets de vertu et de courage qui les ont conduits au sommet de la gloire… Nous aussi persévérons pour aller de sommet en sommet, de vertu en vertu, De vitrute in virtutem, selon notre devise.

La tirade du nez

magnifiquement déclamée par Cyprien

Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme !

On pouvait dire… Oh ! Dieu !… bien des choses en somme…

En variant le ton, — par exemple, tenez :

Agressif : « Moi, monsieur, si j’avais un tel nez,

Il faudrait sur-le-champ que je me l’amputasse ! »

Amical : « Mais il doit tremper dans votre tasse !

Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap ! »

Descriptif : « C’est un roc !… c’est un pic !… c’est un cap !

Que dis-je, c’est un cap ?… C’est une péninsule ! »

Curieux : « De quoi sert cette oblongue capsule ?

D’écritoire, monsieur, ou de boîte à ciseaux ? »

Gracieux : « Aimez-vous à ce point les oiseaux

Que paternellement vous vous préoccupâtes

De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ? »

Truculent : « Çà, monsieur, lorsque vous pétunez,

La vapeur du tabac vous sort-elle du nez

Sans qu’un voisin ne crie au feu de cheminée ? »

Prévenant : « Gardez-vous, votre tête entraînée

Par ce poids, de tomber en avant sur le sol ! »

Tendre : « Faites-lui faire un petit parasol

De peur que sa couleur au soleil ne se fane ! »

Pédant : « L’animal seul, monsieur, qu’Aristophane

Appelle Hippocampelephantocamélos

Dut avoir sous le front tant de chair sur tant d’os ! »

Cavalier : « Quoi, l’ami, ce croc est à la mode ?

Pour pendre son chapeau, c’est vraiment très commode ! »

Emphatique : « Aucun vent ne peut, nez magistral,

T’enrhumer tout entier, excepté le mistral ! »

Dramatique : « C’est la Mer Rouge quand il saigne ! »

Admiratif : « Pour un parfumeur, quelle enseigne ! »

Lyrique : « Est-ce une conque, êtes-vous un triton ? »

Naïf : « Ce monument, quand le visite-t-on ? »

Respectueux : « Souffrez, monsieur, qu’on vous salue,

C’est là ce qui s’appelle avoir pignon sur rue ! »

Campagnard : « Hé, ardé ! C’est-y un nez ? Nanain !

C’est queuqu’navet géant ou ben queuqu’melon nain ! »

Militaire : « Pointez contre cavalerie ! »

Pratique : « Voulez-vous le mettre en loterie ?

Assurément, monsieur, ce sera le gros lot ! »

Enfin parodiant Pyrame en un sanglot :

« Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître

A détruit l’harmonie ! Il en rougit, le traître ! »

– Voilà ce qu’à peu près, mon cher, vous m’auriez dit

Si vous aviez un peu de lettres et d’esprit :

Mais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres,

Vous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres

Vous n’avez que les trois qui forment le mot : sot !

Eussiez-vous eu, d’ailleurs, l’invention qu’il faut

Pour pouvoir là, devant ces nobles galeries,

Me servir toutes ces folles plaisanteries,

Que vous n’en eussiez pas articulé le quart

De la moitié du commencement d’une, car

Je me les sers moi-même, avec assez de verve,

Mais je ne permets pas qu’un autre me les serve.

 

 

7e soirée « Oxymore »

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